L’ostéoporose touche 3 millions de femmes en France. Cette pathologie liée au processus de vieillissement se traduit par une fragilisation du squelette qui est à l’origine de nombreuses fractures, environ 145 000 par an. Dans le cadre d’une stratégie de prévention nutritive de l’ostéoporose, des chercheurs de l’Inra se sont intéressés au potentiel des polyphénols, des molécules contenues dans de nombreux fruits et légumes. Ils ont ainsi montré que la fisétine, contenue dans les fruits rouges, participe au maintien de la santé de nos os. Une autre étude menée sur les composants de l’olive a permis de mettre au point un produit naturel qui a été cliniquement reconnu pour lutter efficacement contre l’ostéoporose.

Les os assurent plusieurs fonctions vitales au sein de notre organisme. Ils ont une fonction mécanique avec un rôle de soutien du corps et de participation aux mouvements. Les os sont aussi le lieu de la formation des cellules sanguines, au niveau de la moëlle, et constituent un réservoir de minéraux tels que le calcium. Le remodelage permanent des os est assuré par deux types de cellules : les ostéoblastes, responsables de la formation osseuse et les ostéoclastes, responsables de la disparition osseuse. L’équilibre entre l’activité de ces cellules détermine la masse osseuse qui évolue tout au long de notre vie. Avec l’âge, un déséquilibre s’installe, la formation ne compensant plus la résorption conduisant à une perte de masse osseuse et donc à une fragilisation du squelette. Ce processus peut dans certaines conditions atteindre un seuil pathologique qui s’exprime par l’apparition d’une fracture (ostéoporose).  S’il est démontré que la malnutrition est susceptible d’induire une atteinte du tissu osseux, il est fortement probable qu’une alimentation optimisée puisse également ouvrir, à terme, la voie d’une véritable prévention de cette pathologie.

La fisétine, un polyphénol qui limite la perte osseuse

Chez la femme, le déclin de la fonction ovarienne lors de la ménopause est associé à l’apparition d’une inflammation chronique exacerbée par les processus de vieillissement. Dans ce contexte, les chercheurs de l’Inra se sont intéressés au potentiel de la fisétine, polyphénol reconnu pour ses propriétés anti-inflammatoires, qui se retrouve dans les fruits rouges comme les fraises, ou encore dans les pommes ou certaines plantes utilisées en médecine asiatique traditionnelle pour combattre l’arthrite.  Des chercheurs de l’Inra ont ainsi démontré que la consommation quotidienne de fisétine permet de réduire la perte de masse osseuse. En effet, les souris ayant consommé ce polyphénol ont un os mieux organisé et plus minéralisé, ce qui s’explique par une optimisation de l’activité des cellules osseuses.

Les chercheurs ont également constaté que la fisétine stimule l’activité des ostéoblastes, favorisant leur capacité à synthétiser et structurer le tissu osseux. Au contraire, la fisétine bloque la différenciation et l’activité des ostéoclastes, limitant leur capacité à résorber la matrice osseuse.

Ainsi, ces données suggèrent que la fisétine, une molécule naturelle retrouvée dans notre alimentation, participe au maintien de la santé des os en exerçant une activité combinée particulièrement novatrice sur les cellules osseuses. Il est désormais nécessaire de conforter cette démonstration de l’action ostéoprotectrice de ce polyphénol par une étude clinique chez des patientes pour un suivi longitudinal au cours des années post-ménopausiques. A terme, la fisétine pourrait constituer une alternative prometteuse dans la prise en charge de l’ostéoporose par l’intermédiaire de recommandations nutritionnelles.

Un polyphénol, qu’est-ce que c’est ?

Les polyphénols constituent une famille de molécules organiques que l’on retrouve très largement dans le règne végétal, à savoir les fruits, les légumes, les graines ou les plantes. La production de polyphénols permet aux végétaux de se défendre des agressions environnementales. Ils ont une multitude d’activités biologiques dépendant de leur structure chimique : certains sont connus pour leurs propriétés anti-oxydantes, d’autres agissent comme des hormones ou démontrent une activité anti-inflammatoire.

Source : INRA
Unité de recherche Nutrition humaine
Département scientifique Alimentation humaine
Centre Inra de Clermont-Ferrand – Theix

Références
R. Filip, S. Possemiers, A. Heyerick, I.Pinheiro, G. Raszewki, M.-J Davicco, V. Coxam, Twelve-month consumption of a polyphenol extract from olive (Olea Europaea) in a double blind, randomized trial increases serum total osteocalcin levels and improves serum lipid profiles in postmenopausal women with osteopenia, The journal of nutrition, Health and aging, July 2014

Laurent Léotoing, Fabien Wauquier, Jérôme Guicheux, Elisabeth Miot-Noirault, Yohann Wittrant, Véronique Coxam, The polyphenol fisetin protects bone by repressing NF-kB and MKP-1-Dependent Signaling Pathways in Osteoclasts, Plos One, July 2013,

Photographie : ©Manchester-Monkey/Licence creative commons