Certains ont une vision romantique du couple, traversant à deux les épreuves du temps. Leur union en sort renforcée. D’autres, au contraire, partagent une vision plus cynique, voyant l’entrée dans la vieillesse comme une épreuve insurmontable. Chacun est obligé de vivre avec un autre, qui n’est plus tout à fait celui choisi au départ pour partager sa vie.

Par Audrey Rieucau, docteur en Psychologie, psychologue clinicienne spécialisée en gérontologie

Quel que soit le point de vue, chaque couple va devoir, parfois profondément, transformer sa structure. Compte tenu du « vieillissement » de chacun, la relation va évoluer.

Le choix amoureux

Freud proposait dès 1905 une conception du choix amoureux par étayage : on aime soit la femme qui nourrit, soit l’homme qui protège. Il y ajoutait dix ans plus tard une dimension narcissique : on aime ce qu’on est, ce qu’on a été voire ce que l’on voudrait être.

Ainsi, ce qui va nous permettre d’élire un conjoint sera les possibilités communes de satisfactions, mais également les caractéristiques chez l’autre susceptibles de venir renforcer l’amour de soi. Ce choix sera influencé par sa propre histoire. Ainsi la référence au premier objet d’amour va guider le choix amoureux, soit directement vers un époux se référant à l’une des figures parentales, soit indirectement vers un conjoint qui en sera le parfait négatif.

Comment la vieillesse va-t-elle mettre à l’épreuve le couple ?

Avec l’avancée en âge, les conjoints vont se confronter à des changements liés à la perte des divers rôles sociaux, familiaux et professionnels. Du fait de la mise à la retraite et du départ des enfants loin du foyer, le couple va s’inscrire dans un rythme de vie différent où il va partager plus de temps. Et l’énergie qui était jusque-là investie sur le monde extérieur va refluer vers le couple sans que la situation y soit toujours propice. Ces modifications vont déstabiliser la dynamique sur laquelle s’était fondé le lien amoureux, avec le risque de provoquer une crise conjugale.

Vivre à deux, et plus encore, vieillir à deux, nécessite des compromis. D’aucuns diront, encore et toujours ! La retraite, qui peut se révéler être un véritable espace de liberté, va imposer au couple de trouver sa place. Vivre à deux, c’est le réconfort de ne se savoir jamais seul. Mais, en contre partie, de toujours devoir faire avec l’autre. Les deux membres du couple auront-ils la même vision sur cet avenir à construire ? Bien souvent, la question n’est pas été abordée de façon préalable… La crise de couple n’est pas loin !

Le temps voit aussi se révéler tardivement certaines caractéristiques de la personnalité demeurées longtemps en sommeil. Une tendance sédentaire aura par exemple été contrebalancée par l’activité de la vie professionnelle. Des préoccupations hypocondriaques, jusque-là enfouies, se déchaîneront du fait des modifications corporelles entraînées par le temps. Ainsi, Michel Blanc, dans le film Une petite zone de turbulences sorti en 2010, est submergé par l’angoisse d’un corps pouvant le trahir. Il ne s’intéresse plus suffisamment à son épouse pour réaliser qu’elle le trompe.

Les enjeux de la vieillesse, avec cette sensation du temps qui s’accélère, sont susceptibles de venir remettre en question les compromis jugés jusque-là acceptables pour pouvoir vivre à deux. C’est ce qui conduira certains couples à une séparation tardive.

 

La vieillesse en miroir

Ce qui fait la crise individuelle de la vieillesse va également prendre sens dans le couple. Le sujet, en proie à ses propres modifications corporelles, est confronté aussi aux changements physiques et psychiques de son conjoint. Toute faiblesse chez l’un pourra être vécue comme dévalorisante pour l’autre. Il sera même parfois plus facile de nier ces changements chez son époux afin de dénier les siens. Fuir son image chez l’autre…

Ces attaques de la vieillesse pourront parfois altérer le contrat inconscient sur lequel reposait l’équilibre conjugal. Le couple n’est alors plus valorisant, ni même source de satisfactions. Le risque est alors que la dynamique conjugale se réorganise progressivement autour d’un mode relationnel conflictuel, plus ou moins violent, plus ou moins manifeste. En attaquant l’autre c’est contre le temps qui passe qu’on se révolte. Le reflet dévalorisant renvoyé par sa moitié que l’on rejette. Le conflit devient alors le seul mode de communication possible au sein d’un couple qui ne peut pourtant acter la séparation. Car à l’image de Marguerite et Emile, couple de Simenon incarné au cinéma par Gabin et Signoret : s’il est douloureux de vivre ensemble, il n’est pas possible de survivre à l’autre.

Heureusement, si pour certains, l’avancée en âge marque une crise tardive, pour d’autres elle permet de consolider le lien amoureux.

Une nouvelle vie à deux

Avec le départ des enfants et l’arrivée de la retraite, le couple se retrouve face à une liberté à laquelle il n’avait jamais pleinement goûté. Est enfin venu le temps de prendre du temps à deux et de réaliser des projets, des voyages…

Et, malgré les modifications biologiques, physiologiques et corporelles, le plaisir a toujours lieu d’être. Tout comme la tendresse qui viendra soutenir la sexualité, notamment en venant renforcer le plaisir éprouvé lors des préliminaires (cf – nos articles dans la rubrique sexualité).

D’autre part, l’âge demeure propice au déplacement de la libido vers des buts non-sexuels. Et grâce à la sublimation, le couple peut continuer d’éprouver le plaisir de créer à deux.

Vieillir à deux, c’est également pouvoir s’inscrire dans la transmission et revivre au travers des nouvelles générations les évènements sur lesquels s’est construit le lien qui nous uni.

C’est aussi la satisfaction du chemin parcouru, de pouvoir se reposer sur une relation qui s’est consolidée au fil des années, malgré les épreuves et les périodes d’éloignement inhérentes à toute vie de couple.

C’est avoir le réconfort de savoir que celui qui était là, le sera encore pour affronter avec vous les angoisses suscitées par le temps qui passe.

Enfin, c’est découvrir qu’il est encore possible de s’appuyer sur l’autre pour pallier les outrages du temps. Ainsi sont ces couples dans la grande vieillesse où les difficultés rencontrées par l’un sont compensées par le soutien apporté par l’autre.

L’avancée en âge constitue l’une des nombreuses épreuves qui jalonnent le parcours du couple. Epreuve dont le couple ressort renforcé. Mais l’entrée dans la vieillesse est susceptible de provoquer une véritable période de remises en question où peuvent ré émerger les rancœurs passées. Il ne faut alors pas hésiter à aller consulter un psychothérapeute spécialisé dans les problématiques de couple afin de renouer le dialogue et ainsi permettre de continuer à avancer ensemble main dans la main.