La pudeur d’un fils réalisateur et la belle fragilité d’une mère atteinte de la maladie d’Alzheimer sortent la maladie de l’ombre à travers un magnifique documentaire, en salles depuis le 24 septembre 2014. Avec « Flore », Jean-Albert Le Lièvre, photographe, publicitaire, réalisateur, offre au spectateur un regard tendre mais juste sur la maladie de sa maman. Une ode à la vie qui va faire changer le regard des autres, des familles voire des malades sur le quotidien qu’impose un Alzheimer.

Artiste peintre, Flore est atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années. Elle a été “enfermée“ successivement dans deux institutions. Les traitements l’avaient rendue aphasique, muette, elle ne savait plus ni marcher, ni manger, ni sourire. Elle est devenue de plus en plus violente, agressive, “ingérable“. Pour les médecins, la seule perspective, c’était le placement dans une maison “sécurisée“.

Contre l‘avis général, son fils, Jean-Albert Lièvre et sa fille, Véronique, décident de l’installer dans la maison de famille, en Corse, entourée d‘une équipe atypique. Là bas, pas à pas, mois après mois, pendant un an, elle va littéralement revenir à la vie. Dans le récit d’une renaissance inespérée, on découvre que la terrible maladie d’Alzheimer ne se guérit pas. Mais qu’on peut essayer de vivre avec. Au cours de 3 années, ce fils a su saisir la vie comme elle venait, de la ville sombre à la nature corse tellement poétique.

La vie à tout prix

Jean-Albert Le Lièvre s’étonne que notre société protège la vie à l’extrême, qu’elle mette tout en oeuvre pour prolonger l’existence le plus longtemps possible. Mais à quoi bon si la qualité de la vie n’est pas à la hauteur ?

Pendant trois ans, il a réalisé un film très personnel sur sa mère, Flore, atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Il témoigne de ses errances parisiennes jusqu‘à son installation en Corse. Personne ne peut savoir ce qui se passe dans le cerveau d’un autre mais il est certain qu’aujourd’hui sa maman est heureuse quels que soient ses tourments.

« Je voulais avant tout raconter une belle histoire, une histoire qui participe à dédramatiser la maladie et à l’accepter le mieux possible. J’ai voulu montrer qu’il est normal de s’occuper de ses parents, qu’il n’est pas ringard de s’occuper de sa mère. Par ailleurs, le film montre l’effet positif que la nature peut avoir sur la maladie (quelle qu’elle soit).
En voyant Flore aujourd’hui, marcher seule, droit devant elle sur la plage ou dans le maquis, je me dis que c’est exactement le contraire de ce à quoi on l’avait condamnée : à savoir tourner en rond entre quatre murs jusqu’à sa mort. J’ai simplement fait preuve de bon sens. Après une projection, une femme qui s’occupe de son compagnon malade m’a dit : « Je suis rassurée, le film m’a donné du courage, de l’espoir, pour la suite. J’ai moins peur de ce qui risque de se passer, je vais m’occuper de lui. »

Chaque cas est particulier

On compte aujourd’hui, en Europe, 8 millions de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Elle touche toutes les catégories socioprofessionnelles et l’on prévoit dans les années à venir une augmentation massive du nombre de malades. Le cas de Flore et de ses enfants est un formidable témoignage de vie mais ne saurait être une recette miracle et automatique.

Le film est un témoignage gai et optimiste, pour dédramatiser cette maladie qui fait peur et donner de l’espoir à ceux, malades et aidants, qui devront avancer dans cet inconnu qui peut prendre de si belles couleurs.

Le documentaire est sorti dans trop peu de salles. Il sera rapidement disponible en DVD et devrait faire l’objet d’une diffusion sur une chaîne de télévision. A surveiller.

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