Traduction littérale du mot « Kâma-Sûtra ». L’aphorisme, du verbe grec « définir, délimiter », est une phrase qui cherche à énoncer en peu de mots une situation sous un aspect singulier. Ce recueil, dont chacun a déjà entendu parler, sinon pu en parcourir un exemplaire, n’est pas seulement une compilation de positions sexuelles plus acrobatiques les unes que les autres. C’est avant tout un ouvrage, emprunt de spiritualité, visant à l’élévation de l’âme, qui traite de l’art d’aimer, tant moralement que physiquement. Décrypté avec attention, il peut être partagé à tout âge !

Quelque 15 siècles nous séparent de la première version, non illustrée, de cette doctrine ! Initialement réservé aux castes indiennes aisées, l’ouvrage fût seulement illustré à partir du 16ème siècle puis traduit pour l’Occident au milieu du 19ème.
Au prime abord, d’aucuns pensaient avoir affaire avec un ouvrage purement érotique voire sexuel. Or, il s’avère que son contenu est plus puritain et traite de thèmes majeurs tels que le mariage, les devoirs dans le couple, une certaine morale au travers des unions autorisées ou non. Il aborde également, dans une dimension presque ésotérique, les moyens artificieux de conquérir l’autre comme la possibilité d’accroître sa virilité !

Des règles de vie

L’Inde du 6ème siècle est très organisée par castes et guidée par une spiritualité forte. Dans chaque vie terrestre, une personne doit poursuivre trois grands desseins : la vertu (Dharma), la prospérité (Artha) et le plaisir sensuel (dont le Kama).

La société indienne est alors fortement patriarcale. Les veuves, les satis, brulaient sur le bucher lors de la crémation de leur époux. Pourtant le Kâma-Sûtra est destiné autant aux hommes qu’aux femmes. Cependant il ne s’adresse pas aux deux sexes de la même façon.
Les hommes recevaient des enseignements sur le Dharma et l’Artha, harmonieusement complétés par le Kâma-Sûtra. Ce dernier insistant sur la nécessité pour chacun de se rendre aimable par de multiples attentions et l’usage, raffiné, de culture et de politesse.
Quant aux femmes, exclues des deux premiers thèmes, elles étaient « formées » par des femmes plus expérimentées et, ensuite, par leur mari. Outre la connaissance des gestes de l’amour, le recueil visait à les élever dans des « arts » et des sciences tels que la musique, la poésie… mais aussi la cuisine, l’entretien d’un foyer, du jardin, des animaux…

Que faire du Kâma-Sûtra ?

Peut-il encore être utile face à nos modes de vie actuels et à notre culture social et sexuelle ?

Il est heureusement tentant de répondre oui ! Le Kâma-Sûtra nous apprend que l’art d’aimer réside dans cette science bien agréable qui est celle des baisers, des caresses et des étreintes. L’homme et la femme doivent pouvoir mettre en pratique ces enseignements ensemble. Un bon moyen de relancer la machine quand le désir est érodé par le poids des années.

Il faut également l’avouer, l’enseignement insiste sur le partage, mais surtout sur la nécessité de veiller à produire chez l’autre le plaisir le plus vif. Le texte affirme, à juste titre, que le plaisir éprouvé ne peut être que la conséquence du plaisir donné.

Voilà une vision de la sexualité bien éloignée de certaines pratiques de nos contemporains mais également de celles transmises par les seules illustrations que l’on a tous en tête !

La découvert, ensemble, tant du texte que de ses dessins, peut être un renouvellement de l’art de s’aimer physiquement comme sentimentalement. Il faudra néanmoins rester pragmatique et adapter les accrobaties proposées aux aptitudes de chacun…

Un autre tantrisme

Le Kâma-Sûtra est associé au tantrisme. Ce dernier est aujourd’hui souvent réduit à des techniques pour transcender la sexualité dans un couple. Or, dans la philosophie originelle indienne, c’est principalement une fusion sensorielle. Les pratiques « génitales » de la sexualité y sont accompagnées de précieux conseils sur l’usage des sens par le regard, le toucher ou la voix.

Philosophie de vie globale, et non uniquement sexuelle, le tantrisme permet d’atteindre l’extase sexuelle dans la mise en pratique de techniques précises comme les massages, la méditation, le travail de respiration…

Certains hommes réduisent le tantrisme à l’atteinte d’un orgasme sans éjaculation. C’est très réducteur. Ce seul objectif peut priver le couple de nombreux bienfaits…

Quête d’harmonie

Les deux partenaires doivent se consacrer l’un à l’autre. Il apparait primordial d’avoir en commun des valeurs, des intérêts, des aspirations et des idéaux. Et une certaine ouverture d’esprit. Dans le Kâma-Sûtra l’amour et l’amitié sont deux valeurs essentielles pour un mariage heureux et épanouissant.

L’auteur de l’ouvrage, Vatsyayana, encourage la fidélité. Sans porter aucun jugement, il propose d’évaluer les risques avant de passer à l’action. Cela en vaut-il la peine ? L’aventure est-elle éphémère ?

Très pragmatique, il conseille de se baser sur une échelle des degrés de la passion. Ainsi, 10 échelons la graduent : l’attirance physique, l’affinité intellectuelle, l’obsession, l’insomnie, la perte d’appétit, le dégoût de la vie, la perte du sens des convenances, la folie, les évanouissements, la mort inéluctable. A aborder avec un peu de recul !

Du bon sens

Le Kâma-Sûtra, pour un couple sénior, peut aider à retrouver une harmonie sexuelle et amoureuse. Cet équilibre parfois sacrifié sur l’autel de la performance, mis à mal par une baisse de confiance en soi ou par l’abandon d’un corps vieillissant.

Il faut retenir de cet enseignement la nécessité de se recentrer sur soi et sur son partenaire. Donner du plaisir, simplement, sensuellement et partir à la rencontre de l’orgasme de chacun au moyen des cinq sens…

Le Kâma-Sûtra invite enfin à une hygiène de vie, globale, où la sexualité devient communication et partage.